Discours de Sarkozy sur l’Afrique : Que vaut ce pardon Royal ? (1)

Publié le par unmondeformidable

Ségolène  Royal demande "pardon" pour le "discours de Dakar" de Sarkozy  (Source : AFP, 06/04/09)

L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, a demandé "pardon" lundi à Dakar pour le discours controversé prononcé en 2007 au Sénégal par le président Nicolas Sarkozy, puis a demandé la fin de "ce qu'on appelle la Françafrique".  "Quelqu'un est venu ici vous dire que +l'Homme africain n'est pas encore entré dans l'Histoire+", a-t-elle déclaré, devant plus de 500 personnes réunies au siège du Parti socialiste sénégalais. "Pardon, pardon pour ces paroles humiliantes et qui n'auraient jamais dû être prononcées et -je vous le dis en confidence- qui n'engagent ni la France, ni les Français", a-t-elle ajouté. L'assistance enthousiaste, en bonne partie constituée de militants socialistes, s'est alors levée pour l'applaudir et l'acclamer.

Le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet a qualifié d'"irresponsables" les propos de Mme Royal. "Les déclarations de Mme Royal tenues à l'étranger sont choquantes, irresponsables et antidémocratiques. Elles sont tournées vers le passé", a réagi M. Joyandet dans une déclaration transmise à l'AFP. "Désirs d'avenir, c'est vraiment du passé", a-t-il ajouté, dans une allusion à l'association "Désirs d'avenir" de Mme Royal.

M. Sarkozy avait suscité une vive émotion, le 26 juillet 2007, à l'occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne, en évoquant notamment "le drame de l'Afrique, (qui est) que l'Homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire" ou "le paysan africain qui (...) ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles". Des intellectuels ont publié depuis plusieurs livres en riposte aux propos de M. Sarkozy, résultant selon eux d'"une vision manichéenne, raciale et paternaliste" de l'Afrique.

"Bien évidemment, vous avez fait l'histoire et vous continuez à la faire et vous l'avez faite bien avant la colonisation, pendant, avant et depuis. Et c'est avec vous que nous allons construire notre avenir" a répliqué Mme Royal. "Pardon pour le passé, merci pour le passé", a-t-elle poursuivi, 161 ans après l'abolition définitive de l'esclavage en France et 49 ans après l'indépendance du Sénégal, ex-colonie française. "Pour le meilleur et parfois, hélas, pour le pire, nos histoires ont été liées. Le pire, ce fut l'esclavage (...), le pire aussi ce fut la colonisation dont une partie de la droite a essayé de nous faire croire (...) qu'elle avait des +aspects positifs+", a poursuivi Mme Royal.

La présidente de la région Poitou-Charentes avait débuté son discours par "mes frères et mes soeurs" et s'était présentée comme "une fille de l'Afrique", née il y a 55 ans à Dakar où son père était sous-officier. "La France républicaine mérite que cesse ce qu'on appelle (...) la +Françafrique+ et l'opacité de décisions prises dans le secret de quelques bureaux pour quelques intérêts particuliers", a-t-elle encore déclaré. "Nous ne pouvons, nous Français, ni soutenir les dictatures, ni abandonner les démocrates", a insisté Mme Royal, adversaire malheureuse de M. Sarkozy au second tour de la présidentielle de 2007, s'exprimant souvent comme une présidentiable en campagne.

Le premier secrétaire du PS sénégalais, Ousmane Tanor Dieng, a jugé que le discours de Mme Royal avait "réhabilité la France aux yeux des Sénégalais". En revanche, son programme prévoyait lundi une audience avec le président sénégalais Abdoulaye Wade qui n'a pas eu lieu. L'attachée de presse de Mme Royal a annoncé que l'entretien avait été "reporté" mais la présidence a assuré que "cela n'était pas à l'agenda du président lundi".

Discours de Sarkozy sur l’Afrique : Que vaut ce pardon Royal ? (Source : L’observateur. Burkina Faso. 08/04/09)

Juillet 2007. Dans un amphithéâtre de l’université Cheik Anta Diop, plein à craquer de sommités du monde universitaire et d’étudiants, Nicolas Sarkozy, le président de la République française, dans un discours tristement célèbre à la jeunesse, déclarait, entre autres : « Le drame de l’Afrique est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Ces propos hégéliens ont suscité une telle polémique que des intellectuels et politiques africains y ont répondu à travers un ouvrage collectif dirigé par l’ex-première dame du Mali, l’historienne Adam Ba Konaré. Au point que le locataire de l’Elysée, au fil de ses séjours en Afrique, a dû, sans aller jusqu’à l’excuse publique, édulcorer ou plutôt mieux s’expliquer sur ce dérapage que lui a fait faire son porte-plume, le virevoltant Henri Guaino, mettant du coup cet écart langagier sur le compte d’une méconnaissance du continent noir.

Mais, dans l’Hexagone, il y a au moins une personne et pas n’importe qui, qui estime qu’il faut que la France demande pardon pour cette faute : Ségolène Royal, candidate malheureuse à la dernière présidentielle. A dessein, elle a choisi, pour le faire le pays où cette « faute » a été commise et surtout la ville de Dakar, un terrain connu et un peu acquis à sa cause, puisqu’elle est native de Ouakam. Voilà donc la présidente de la Région Poitou-Charentes dans son pays de naissance, affirmant le 6 avril 2009 que les « paroles de Sarkozy étaient humiliantes ...n’engageaient ni la France ni les Français » et, dans la foulée, a demandé pardon au nom de l’Hexagone. En vérité, de la Chine à la Guadeloupe où elle s’est rendue pour une raison ou sans raison, que n’a-t-on pas entendu de la part de cette imprécatrice qu’on ne sache déjà ?

C’est qu’avec cette sortie de Dakar, elle touche à un domaine réservé. D’où des questions basiques qu’on se pose : au nom de quoi peut-elle demander pardon pour une faute commise par le chef de l’Etat ? Qui l’a mandatée pour parler, surtout sur une question aussi sensible, au nom de l’Etat français ? Que Sarkozy se soit mépris sur les Africains par ses propos malheureux, on en convient ; mais appartient-il au Français Tartampion, fût-on la challenger du « fautif » (47% au second tour de la présidentielle de 2007) de faire acte de contrition à sa place ? Au-delà des réactions du gouvernement, de Kouchner à Rama Yade qui tous ont déploré ce comportement « royaliste », lequel oscille entre récupération et démagogie, il faut souligner que la dame de « l’ordre juste » n’est pas dans son rôle, loin s’en faut.

Les sujets de repentance sont tellement délicats qu’il faut remuer n fois la langue avant d’en parler : Les Arméniens attendent des Turcs une demande de pardon à propos du génocide arménien, la Shoa ne s’évoque pas au hasard, et le sujet de l’esclavage est toujours pendant...

D’où vient alors que Ségolène, qui ne représente ni le PS ni la voix officielle de la France, se permette de battre la coulpe de son pays à si bon compte ? Certes, les Martine Aubry et Benoît Hammon ont apprécié le geste, ce qui est compréhensible vu qu’une telle estocade à l’égard de celui qui pioche régulièrement dans le vivier socialiste est pain bénit pour eux. Mais qu’on ne s’y trompe pas, car, au fond, les socialistes ne se retrouvent pas totalement dans cette action de Ségo, dans la mesure où personne ne voudrait qu’un jour on marche sur ses plates-bandes. Or, à l’évidence, c’est sur le terrain de l’Exécutif que l’ex-compagne de François Hollande s’est aventurée. Aussi, il faut lire dans ce pardon par procuration de la pure communication. Ségolène aurait voulu dire « je gesticule, donc j’existe ! » qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. C’est connu, la communication politique est, par essence, permanente, qu’elle soit ouverte ou subliminale. Attention tout de même à l’effet boomerang et au phénomène de saturation, surtout si l’on veut tenter d’entrer au château en 2012.

Et puis, entre nous, Africains, on a beau être émotif, n’en déplaise à ceux qui ont pourfendu Senghor jadis, on n’est pas dupe pour nous laisser prendre, à l’image du camarade Ousmane Tanor Dieng, au jeu de cette drôle de dame qui vient régler ici des comptes franco-français en nous chatouillant là où ça nous démange : notre orgueil de nègre froissé par le discours, il est vrai, blessant de super Sarko. Pendant qu’elle y est, la « bravitude » faite femme n’a qu’à continuer à Kigali faire amende honorable auprès des Rwandais pour le rôle trouble joué par Paris avant et après le génocide, ce que la France officielle se refuse à faire jusqu’à présent. Ça tomberait tellement bien, puisqu’on commémore ces jours-ci le 15e anniversaire du déclenchement du génocide des Tutsi et du massacre des Hutus modérés.

Ne nous laissons donc pas prendre à ce petit jeu de pure com. de la Royal, qui fait d’une pierre deux coups : casser les pieds à Sarkozy en même temps qu’elle met dans l’embarras ses camarades du PS, où elle se pose, plus que jamais, en électron libre

Publié dans Françafrique

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